Lucy Liu 「À visage découvert」

Posted on May 09, 2013
À l'occasion, de son retour au petit écran dans la série 「Elementary」, je reproduis l'entretien de Lucy Liu avec Tiffany Bakker paru sur NET-A-PORTER.COM (en anglais et en français !), dans lequel elle aborde notamment le thème du racisme à Hollywood.
Lucy Liu a manqué de passer à côté de sa carrière pour faire plaisir à ses parents, et au vu des stéréotypes raciaux. Elle parle avec Tiffany Bakker de préjudices, de jouer un rôle d’homme et de sa quête de l’amour.

Si les parents de Lucy Liu avaient eu le dernier mot, elle ne serait jamais devenue actrice. « Ils voulaient que j’aie un métier défini dans un bureau », dit-elle. Heureusement, elle bénéficiait du soutien d’un autre membre de sa famille. Elle pense même lui devoir sa carrière. « Mon frère, John, m’a accueillie chez lui. Il n’y avait pas de cuisine, juste une chambre – je dormais par terre, lui et son colocataire dans un lit superposé, dit-elle. Il a remboursé mes factures de carte de crédit quand j’étais à la fac. Sans lui, je ne serais pas [actrice]. »
Vêtue d’un pantalon et d’un t-shirt, son mantra mode est : « Si ce n’est pas confortable, je n’en veux pas. J’aime les pièces au look versatile. » L’actrice inspecte la splendeur de Central Park, étalée sous nos yeux depuis la fenêtre de sa suite avec terrasse de l’hôtel Carlyle de l’Upper East Side new-yorkais. Elle s’exclame avec admiration : « Tout est tellement silencieux ici. » Fille d’immigrés chinois, elle a grandi dans le quartier animé du Queens à New York et admet avoir été frustrée du manque de soutien de ses parents. Ils étaient très éduqués mais ont dû accepter des jobs ingrats dans leur nouveau pays. Ses parents n’ont pas eu la vie facile et ne voulaient pas qu’il en soit de même pour elle. « Après leurs difficultés, ils voulaient que les miennes soient différentes des leurs, des difficultés qu’ils pouvaient comprendre – elle est à la fac, c’est pas facile, mais elle deviendra docteur ou banquier. Ça, ils pouvaient comprendre. »
En personne, Lucy Liu ne fait pas ses 44 ans (elle remercie ses « bons gènes asiatiques »). Sur le grand écran, elle est parfois intimidante, incarnant des personnages qui n’ont pas froid aux yeux – Ling Woo dans 「Ally McBeal」, O-Ren Ishii dans 「Kill Bill」 de Tarantino et Alex Munday dans la saga 「Charlie’s Angels」. Dans la vraie vie, elle ne pourrait pas être plus différente, paraissant même un peu vulnérable et sur la défensive. Ou alors elle est timide. « Je n’aime pas être au centre de l’attention », confirme-t-elle.

Bizarrement, elle parle d’elle au pluriel en employant le « nous » collectif. Non pas comme si elle parlait d’elle-même à la troisième personne, mais plutôt dans le sens où elle perçoit sa carrière comme une collaboration avec son manager et ses assistants. Elle ponctue la conversation avec des « nous essayons de faire des rôles qui ne sont pas uniquement réservés aux asiatiques », « nous essayons de ne pas être prévisibles ». C’est un peu déstabilisant, mais va de pair avec son envie de ne pas être au centre de l’attention. Car malgré sa carrière très médiatisée, elle a su rester mystérieuse. Pas un scandale, et une vie vraiment privée. (Elle dit avoir une vie « ennuyeuse pour les tabloïds ».)
On lui a prêté quelques relations sentimentales ces dernières années (en 2010, elle était avec le financier milliardaire, Noam Gottesman), mais son statut actuel est un peu flou, pour elle y-compris. « C’est un peu compliqué en ce moment, dit-elle en riant. Un grand point d’interrogation. J’aimerais pouvoir vous répondre, mais moi-même je ne sais pas ! » Elle dit vouloir des enfants, mais « ce n’est pas encore arrivé », et ajoute qu’elle le fera peut-être seule.
Lucy Liu est fière de sa réussite, mais trouve frustrant que certains ne la voient que dans des rôles « d’action » : « J’aimerais qu’on ne me voie pas juste comme la fille asiatique qui casse la figure à tout le monde, ou alors la fille sans émotion. Les gens imaginent Julia Roberts ou Sandra Bullock dans une comédie romantique – pas moi. Il y a aussi les questions de race, “elle est trop asiatique” ou “elle est trop américaine”. Je perds à tous les coups. C’est bizarre. Soit vous n’êtes pas assez asiatique, soit pas assez américaine, c’est frustrant. »
Elle n’aime pas jouer la carte du racisme, mais admet qu’elle a « dû faire du forcing pour être prise au sérieux ». « Je ne peux pas dire que le racisme n’existe pas. Ce n’est pas facile tous les jours. [Une carrière d’actrice] est un choix difficile. »
Dans ses derniers rôles, elle fait tomber les barrières : dans la série télé CBS, 「Elementary」, une nouvelle version de Sherlock Holmes, elle joue un Dr Watson au féminin. Sherlock (Jonny Lee Miller) y est légèrement autiste, un ex-junkie travaillant pour le NYPD. « C’était un vrai challenge », L’histoire est si connue, il faut la conserver tout en guidant le public vers une nouvelle interprétation. »

Au cours de sa carrière débutée il y a 22 ans, Lucy a alterné entre le cinéma et la télévision, acceptant les projets qui l’inspirent. Demandez-lui quels étaient ses rôles favoris et sa réponse est 「Slevin」 et 「Watching The Detectives」, deux films que, selon elle, « peu de gens ont vus ». « Les deux sont importants pour moi car je n’ai pas eu à faire de l’action ou du karaté. Le jeu d’acteur venait avant tout, et avec eux j’ai pu me faire les muscles, façon de parler. », dit-elle en souriant.
Sur ce, Lucy Liu doit partir, mal à l’aise d’avoir passé tout ce temps à parler d’elle. Elle veut se démaquiller et peut-être faire un peu de peinture. Alors qu’elle se dirige vers la porte, elle marque une pause le temps de me faire une accolade. C’est un geste à la fois inattendu, honnête et chaleureux, tout comme elle. admet-elle.
Le texte en anglais :
True Colors

A successful movie career almost didn’t happen for Lucy Liu, as she fought against her parents’ wishes and racial stereotypes. She talks to Tiffany Bakker about prejudice, taking on a man’s role and her search for love

If it had been left to Lucy Liu's parents, she would never have become an actor. “They wanted me to have a nine-to-five job with a title,” she explains. Luckily, someone else in her family was more supportive – and is the person Liu still credits with having the most influence on her career. “My brother, John, let me stay in his apartment. There was no kitchen, it was just a room, and I slept on the floor with him, while his roommate was on a bunk bed,” she remembers. “He also paid off my credit card from college. Without him, I don't think I could have taken [acting] on.”
Dressed down in pants and a T-shirt – Liu's mantra is: “If it's not comfortable, I don't want to wear it. I like pieces you can make downtown or uptown,” – the actress surveys the natural grandeur of Central Park laid out before us from the window of a lavish penthouse suite high up at The Carlyle hotel on the Upper East Side. “Everything is so quiet up here,” she says in awe. Growing up in the bustling New York borough of Queens, the daughter of Chinese immigrants, she admits to being frustrated by her parents' initial lack of support. They were highly educated, forced to do menial jobs in their new country. Her parents struggled, she explains, and they didn't want the same for her. “After their struggle, they just really wanted to see me struggle in a different way, in a more obvious way, maybe something they could understand – she's at college struggling, but then she will be a banker or a doctor. They understood that.”
In the flesh, Liu looks younger than her 44 years (something she attributes to “good Asian genes”). On screen she can be intimidating – known for her take-no-prisoners, straight-talking personas in roles such as Ling Woo in 「Ally McBeal」, O-Ren Ishii in Quentin Tarantino's 「Kill Bill」 and Alex Munday in the 「Charlie's Angels」 franchise. Off-screen she is worlds apart, in truth appearing somewhat vulnerable and even a little defensive, though it may just be shyness. “I'm not good with attention,” she confirms.

Bizarrely, Liu refers to herself in the collective “we”. Not as though she's talking about herself in the third person, rather that, between her agent, her manager and assistants, she sees her career as a group effort. She peppers conversation with “we try to do things that aren't specifically Asian roles”, “we strive toward something that's not as obvious”. It's a little odd (especially for an actor), but plays into how Liu likes to shift attention from herself.
For despite her high-profile career, she has remained something of an enigma. There has never been the slightest sniff of scandal, her private life kept, well, private. (She says she doesn't do anything “interesting” in tabloid terms.)
Liu has been linked to various men over the years (most recently, in 2010, she was said to be dating billionaire financier Noam Gottesman), but currently her relationship status seems a little foggy, even to the actress. “It's a mixed bag right now,” she laughs. “It's a giant question mark for me, as well. I wish I could answer – I wish I knew the answer myself!” In the past she has talked of wanting kids, but says: “It just hasn't happened yet,” adding that she might do it alone at some point.
Liu is proud of her achievements, but admits she gets annoyed when people can't – or won't – think of her outside of that “action” box: “I wish people wouldn't just see me as the Asian girl who beats everyone up, or the Asian girl with no emotion. People see Julia Roberts or Sandra Bullock in a romantic comedy, but not me. You add race to it, and it became, 'Well, she's too Asian', or, ‘She's too American’. I kind of got pushed out of both categories. It's a very strange place to be. You're not Asian enough and then you're not American enough, so it gets really frustrating.”

Liu's wary of playing the racism card, but admits that she had to “push a lot just to get in the room”. “I can't say that there is no racism – there's definitely something there that's not easy, which makes [an acting career] much more difficult.”
In her latest role, she's breaking down barriers in a different way: in the CBS television series, 「Elementary」, the most recent reboot of Sherlock Holmes, she plays a female Dr Watson. This time around, Holmes (Jonny Lee Miller) is a slightly Aspergic, recovering drug addict, working for the NYPD. “It was a challenge,” admits Liu. “It's so steeped in history, you want to keep that temperature, but acclimatise people to something new you're shifting them towards.”

During her 22-year career, Liu has moved between television and movies, taking on projects that inspire her. Ask her to reflect on her favorite roles and her answer is 「Lucky Number Slevin」 and 「Watching The Detectives」, two movies she admits “not many people” have seen. “Both are special to me because I didn't have to do any kind of action or karate kicks. It was just about the acting, and I was able to stretch my muscles in them,” she smiles. “Well, figuratively, anyway.”
With that, Liu is off, uncomfortable with the amount of time she has spent talking about herself. She's keen to get the day's makeup off and maybe do some painting. As she heads for the door, she pauses to give me a long hug. It's completely unexpected, but honest and warm, much like Lucy Liu.

Auteur : Tiffany Bakker/Date : 9 mai 2013/Source : http://www.net-a-porter.com/magazine/194/8

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