Jamie Clifton 「Quoi de plus vrai qu’un pénis en érection ?」

Posted on September 05, 2013

VICE Japan 「The Art of Taboo: 任航(レン・ハン)- Ren Hang」 - posted on September 02, 2013.

Devenir un artiste radical en Chine est un projet ambitieux. Les censeurs ont banni des ondes radio le paroxysme de l’inoffensivité, à savoir Katy Perry, parce qu’ils ont estimé qu’elle était trop vulgaire (sans oublier que les autorités ont aussi fait disparaître l’artiste Ai Weiwei parce qu’il a posté des photos de lui à moitié nu sur Internet). Ça n’a pas empêché Ren Hang, un photographe chinois, de remplir son portfolio d’anus béants, de pénis en érection et de modèles se pissant les uns sur les autres. Ce qui est une bonne chose. Ren Hang parvient à désexualiser des corps nus en les transformant en sculptures humaines parfois drôles, parfois belles, parfois noueuses et poilues, qui donnent envie de se mettre tout nu avec ses amis, de se peindre la bite en rouge et de partir se promener sur les toits de Pékin. J’ai passé un coup de fil à Ren pour parler de son boulot.

VICE : Pourquoi est-ce que chaque personnage présent sur vos photos est nu ?

Ren Hang : Les gens viennent au monde nus et je considère le corps nu comme l’apparence authentique d’une personne.

C’est pour ça que les corps ne sont pas présentés de manière conventionnellement « sexy », même si les photos sont sexuelles ?

Non, je ne prends pas de photo avec un but précis ou en suivant un plan particulier – je saisis tout ce que je peux attraper. Je ne me demande jamais si une scène est sexy ou pas quand je prends une photo.

OK, et pour la pisse ?

Encore une fois, je ne considère pas l’urine comme un sujet. Le modèle urine, et moi je shoote.

Bon, je peux déjà deviner la réponse à cette question étant donné que vous ne suivez pas de but précis, mais les bites, là : il y a un tas de bites. Est-ce une déclaration sur le patriarcat ou est-ce que vous aimez tout simplement juste les bites ?

Prendre des photos de pénis est sans intérêt. Mais je suis convaincu que les pénis en érection sont les plus beaux et les plus vrais des pénis. Certaines personnes vont même jusqu’à oublier qu’elles ont un pénis quand il n’est pas en érection. Mais je ne m’intéresse pas juste aux bites, j’aime tirer le portrait de chaque organe d’une manière fraîche, vivante et émotionnelle.

Qu’est-ce que vous trouvez le plus beau : le corps d’un homme ou celui d’une femme ?

Le genre n’est pas important quand je prends des photos, il l’est seulement quand je couche avec quelqu’un.

Quelle est votre opinion sur le sexe ? Vous pensez que c’est important ?

Ouais, je pense que le sexe est important, mais j’essaie de ne pas trop exagérer son importance. Après tout, le sexe fait partie d’une vie saine et normale, comme manger et dormir.

C’est vrai. Qui sont tous ces modèles ? Vos amis ?

Oui, la majorité de mes modèles sont mes amis. J’aime les prendre en photo parce qu’ils me font confiance, ce qui me permet d’être plus détendu ; travailler avec des étrangers me rend nerveux.

Comment est chorégraphiée chaque photo ?

Je ne prévois rien avant de shooter. L’inspiration me vient quand je regarde mon modèle à travers le viseur. Je shoote, tout simplement. Même si la plupart du temps, les modèles suivent mes instructions au lieu d’agir par eux-mêmes. Donc oui, dans une certaine mesure, je suppose qu’on peut dire que mes photos sont chorégraphiées.

Quelle est la réception faite à vos photos en Chine ?

Mes photos, particulièrement celles montrant des corps nus, sont interdites dans les galeries chinoises. Exceptionnellement, celles qui ne sont pas explicites arrivent à être exposées, mais même avec celles-là, j’ai beaucoup de difficultés. Par exemple, une de mes expositions a été annulée par le gouvernement chinois pour « soupçon de sexe ». Un jour aussi, un visiteur a craché sur une de mes photos. Et ce ne sont que quelques exemples des problèmes que j’ai eus. Aucun éditeur chinois ne publiera mes livres, et j’ai déjà été arrêté alors que je shootais en extérieur.

Ce n’est pas frustrant ?

Eh bien, j’y suis habitué maintenant. Mais j’aime la Chine et j’aime prendre en photo le peuple chinois. Je suis né ici et j’ai toujours un lien très étroit avec ma ville de naissance. C’est vrai que mon art est entravé ici, mais plus je suis limité par mon pays, plus j’ai envie que mon pays m’accepte pour ce que je suis et ce que je fais.

© Ren Hang

The Art of Taboo - Ren Hang

Being a radical artist in China is a pretty tricky prospect. Considering censors banned paradigm of inoffensive banality Katy Perry from the country's airwaves for supposedly being too vulgar (and not forgetting that time authorities made Ai Weiwei disappear for posting seminude photos of himself online), you would have thought that Chinese photographer Ren Hang would lay off filling his portfolio with gaping buttholes and models pissing on each other, or sustaining his unparalleled level of dedication to photographing erect penises.

But he hasn't, which is a good thing, because his photos are great-somehow managing to desexualize naked bodies and turn them into sometimes funny, sometimes beautiful, sometimes gnarled, hairy, human-shaped sculptures that make you want to get naked with all your friends, paint your dick red, and hang out on a roof in Beijing. Which is basically the end game all photographers are going for, right? I wanted to talk to Ren about his work, so I did. Here's that conversation.

VICE: First off, why is everyone naked in basically every single one of your photos?

Ren Hang: Well, people come into this world naked and I consider naked bodies to be people's original, authentic look. So I feel the real existence of people through their naked bodies.

Is that why the bodies aren't presented in a kind of conventionally "sexy" way, even if the photos are sexual? No, I don't take photos with any particular purpose or plan-I just grasp whatever comes into my mind, arrange that in front of me and take a photo of it. I don't pay too much attention to whether a scene is sexy or not when I'm taking photos.

Yeah, a lot of the bodies end up looking more like kind of grotesque sculptures.

That's not really intentional, although I do consider bodies as sculptural-or, as you say, grotesque sculptures-so I suppose the sculptures exist because the bodies exist.

Yep. What's with all the pee in your photos, too?

Again, I don't use urine on purpose. The models urinate, I shoot.

OK, I can already guess the answer to this considering nothing you do seems to have a purpose, but the dicks-there are a lot of dicks. Is that a statement about patriarchy, or something, or do you just like dicks?

No, taking pictures of penises is meaningless. But I do think that erect penises are the most real and beautiful penises. People sometimes even forget they have a penis unless it's erect, which I think is very powerful. But it's not just dicks I'm interested in, I like to portray every organ in a fresh, vivid, and emotional way.

What do you think is more beautiful-the male body or the female body?

Gender isn't important when I'm taking pictures, it only matters to me when I'm having sex.

What's your opinion on sex? Do you think it's a big deal?

Yeah, I do think sex is important, but I don't emphasize its importance all the time. After all, sex is a part of a normal, healthy life, just like eating and sleeping.

True. Who are all the models? Your friends?

Yeah, most of the models are my friends. I like shooting my friends because they trust me, which makes me feel more relaxed. I can only take my best work when I'm in that state; being with total strangers makes me nervous.

How choreographed is each photo?

I don't plan before shooting. Inspiration usually comes to me while I'm holding the camera and looking at the models. I don't take pre-planned, previously realized photographs, I just shoot, you know? Although most of the time models follow my ideas instead of acting stuff out themselves, so I suppose that is choreographing to an extent.

How have your photos gone down in China?

My photos, especially the ones of naked bodies, are forbidden to be shown in Chinese galleries. Only occasionally can the ones that aren't explicit be shown, but I still face many difficulties even with them. For example, one of my shows was canceled by the Chinese government on "suspicion of sex" and, another time, a visitor spat at one of my photos. And those are just a couple of examples of the problems I've had. None of China's press will publish my books and I've been arrested while shooting photos outside before.

Doesn't that get frustrating?

Well, I'm used to those kinds of situations now. And I love China and I like shooting Chinese people. I was born here and I feel a big connection with my hometown. True, I'm restricted here, but the more I'm limited by my country, the more I want my country to take me in and accept me for who I am and what I do.

Author: Jamie Clifton/Date: September 05, 2013/Source: http://www.vice.com/video/the-art-of-taboo-ren-hang

© Ren Hang


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Twitter: https://twitter.com/jamie_clifton

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