La Petite Banane 「Petit guide de conversation sur le racisme anti-asiatique」

Posted on January 04, 2017
La nouvelle année s’annonce bien. J’ai un bon feeling. En 2016, on a connu une grosse manif des Asiatiques de France pour dénoncer le racisme anti-asiatique et une polémique médiatique autour d’un sketch à l’esprit colonial. Je suis confiante. On va y arriver.

En attendant, pour alimenter vos diners mondains et aiguiser vos armes contre les pourfendeurs du non-défendable, voici quelques pichenettes à balancer à la gueule de nos détracteurs et faire avancer le schmilblick.

À celui ou celle qui dit qu’on ne peut plus rire de rien aujourd’hui, c’était mieux avant, y’avait Michel Leeb qui faisait le Chinois et personne ne mouftait.

Tu peux lui répondre que dans les années 80, t’étais encore un ovule non-fécondé ou t’avais une tétine dans la bouche alors c’était compliqué d’articuler tes punchlines. Et puis nos parents, ils ne comprenaient pas l’humour. Ils étaient occupés à survivre, en fait. Alors ce Michel pouvait taper tant qu’il voulait, y’avait pas de répondant en face. Qu’il réessaye maintenant, la donne a changé. Le temps béni des colonies que chantait l’autre Michel est bel et bien derrière nous. Ils peuvent tenter leur come-back, j’ai travaillé ma gauche, ma droite, mon uppercut, mon crochet, je suis prête. Let’s get ready to rumble.

À celui ou celle qui te dit que « chinetoque » c’est gentillet, « ching chang chong » c’est pour rire, et puis c’est vrai que les Chinois ont des petits yeux, c’est la vérité

Je vais être très claire : primo, mes yeux ne sont pas petits. Laisse mes yeux tranquilles. Je t’interdis de qualifier mes yeux d’autre chose que « beaux », « vifs » ou « perçants ». Tout est relatif dans la vie, surtout venant de yeux de hiboux (© Chinois Marrant).

Ensuite, ma langue maternelle ne sonne pas comme « ching chang chong ». Cà, c’est le bruit de bouillie que croient entendre les cervelles qui ont déjà tellement du mal avec le Bescherelle qu’ils sont incapables de concevoir l’existence d’autres langues au delà du bout de leur nez.

Enfin, « chinetoque », c’est un résidu colonialiste, le « n-word » des Asiatiques. Pas touche. Tu as déjà essayé d’insulter un.e Noir.e de « n-word »? À tes risques et périls. À ta place, j’éviterais.

À celui ou celle qui dit qu’il ne faut pas se vexer pour si peu, un peu d’autodérision quand même, faut se détendre dans la vie

Si je me sens blessée par des propos, si je me sens offensée, si je suis en colère, la DERNIÈRE chose qu’il faut faire c’est bien m’expliquer ce que je DEVRAIS ressentir. Si toi dans ton for intérieur, tu ne ressens rien alors retiens-toi de projeter ce vide sur moi et de prodiguer tes faux-conseils non-sollicités. Je te dis que j’ai mal, alors c’est que j’ai mal. Écoute-moi. Je ne simule pas. Je ne fais pas semblant. Je suis majeure, responsable et je manie très bien la langue française.

Quand j’ai un bobo, de deux choses l’une : soit tu as envie de m’aider à trouver une solution ou tu me prêtes ton épaule pour pleurer. Mais si c’est pour me dire « ce n’est rien » « t’exagères quand même » « tu te fais du mal sans raison », ça ne m’aide PAS DU TOUT. C’est pire, en fait, au lieu de me soutenir, tu es en train de me tailler.

Soit tu ne veux pas m’aider, dans ce cas, juste tais-toi, n’aggrave pas ton cas.

À celui ou celle qui te dit que les préjugés, ça touche tout le monde et que c’est toujours les mêmes qui se plaignent

Il faut faire la part des choses entre la connerie et les préjugés. Les préjugés, c’est de la connerie, mais toutes les conneries ne sont pas des préjugés.

Et la connerie oui, en effet, ça touche tout le monde.

Si tu as souffert dans la cour de récré parce que tu t’appelles Thomas et qu’on t’a traité de « Thomas la Tomate », ça t’a fait mal mais tu ne peux pas comparer ça à un quelqu’un qui a un nom qui sonne étranger et qu’à cause de ce nom, ne peut trouver un logement ou un travail. C’est indécent. Si on t’a dit une fois « t’es blanc comme un cachet », ça t’a fait pleurer mais tu ne peux pas comparer ça aux gens qui se font arrêter par la police en raison de leur couleur de peau. C’est indécent. Si on t’a dit au cours d’une conversation « t’es français, tu portes un béret et tu manges de la baguette ?», ça t’a véner mais tu ne peux pas comparer ça aux Asiatiques à qui l’on dit qu’ils mangent du chien et qu’ils remplissent leurs baignoires de raviolis. C’est indécent.

C’est indécent parce que quand tu t’appelles Thomas, que t’es blanc comme un cachet, que tu portes un béret et que tu manges de la baguette, t’es peut-être un cliché vivant mais à part la connerie que tu te prends en pleine face, tu ne subis pas de discriminations, tu ne rencontres pas de problèmes avec les flics, à trouver un travail ou un logement à cause de ces conneries-là (à cause d’autres, éventuellement). Tu fais partie des privilégié.e.s (comme moi).

Et quand tu as la chance d’être un.e priviliégié.e, tu soutiens ceux qui ne le sont pas, merci.

À celui ou celle qui dit « je ne suis pas raciste » parce que « j’adore les Asiatiques » « je vais tout le temps à Pattaya » ou « j’aime les nems »

Le racisme, ce n’est pas comme une maladie congénitale. Tu ne nais pas raciste. Tu le deviens, à force de mots et d’actes. Si une fois, par ignorance ou par peur, tu as dit une phrase raciste, tu as pensé quelque chose de raciste, ce n’est pas définitif, tu n’as pas complètement basculé du Côté Obscur. Qui n’a jamais eu une pensée raciste ? Qui n’a jamais dit quelque chose de raciste ? Pas moi, en tout cas. Personne n’est immunisé contre le racisme. Mais l’antidote est simple, je me suis remise en cause, je me suis informée, je me lave le cerveau tous les jours comme ça et ça va.

En revanche, attention si quelqu’un dit quelque chose de raciste autour de toi et que tu ne fais rien, ça peut devenir une maladie virale qui peut te contaminer, ça peut même enchaîner sur une épidémie à grande échelle. Alors lavons-nous le cerveau tous les jours, c’est facile, ça ne coûte rien et ça peut rapporter gros.

À celui ou celle qui te dit que les Asiatiques, vous n’aimez pas vous plaindre, on ne vous entend jamais, vous restez dignes, même quand vous faites une manif, vous restez bien sages et il n’y a pas de voiture brûlée, vraiment on vous aime bien, vous êtes bien intégrés, pas comme les autres là

« Les Asiatiques ferment leur gueule », c’est exactement ce que pensent les voyous qui s’attaquent aux Asiatiques à Aubervilliers. Tu veux vraiment perpétuer cette idée reçue ? Fermer sa gueule devant l’injustice, ce n’est pas ça « être intégré », c’est de réclamer liberté, égalité et fraternité au même titre que tous les citoyens.

À celui ou celle qui dit qu’en France, les associations antiracistes ne s’attaquent qu’à certaines formes de racisme

Dis lui que ça, ça va changer.

Love to all,

Bonne année 2017 mes bananes xooxoo

Author: La Petite Banane/Date: January 04, 2017/Source: https://lapetitebanane.com/index.php/2017/01/04/petit-guide-racisme-anti-asiatique/



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