Julie Baret 「L’œuvre charnelle de Ren Hang, l’artiste qui dérangeait la Chine」

Posted on March 03, 2017
©Ren Hang

La semaine dernière, l’artiste-photographe Ren Hang nous a quitté. Il était âgé de 29 ans. Considéré par beaucoup comme un prodige, son œuvre laisse un empreinte corrosive dans le monde de la photographie.

Des corps nus qui s’entremêlent et qui se dédoublent jusqu’à faire perdre au public tout repère anatomique, un sexe d’homme devenu sujet d’un cliché toujours capturée à l’argentique, des parties féminines photographiées de manière frontale. Parfois du fétichisme.

Des corps blancs et des cheveux noirs de jais mêlé à la peau muqueuse d’un poulpe, aux plumes multicolore d’un pan, aux ailes d’un papillon. Fiché en haut d’un building qui surplombe une triste métropole acérée de grattes-ciel, perdu dans la nature ou installé dans l’intimité d’une chambre anonyme.

Ren Hang, né le 30 mars 1987 au nord-est de la Chine, débute la photographie pendant des études de marketing et de publicité qui l’ennuient profondément. Il tire le portrait de ses voisins de couloir, de ses amis et de ses proches. Puis bientôt de fans qui le sollicitent par internet.

Des œuvres qui font rougir voire qui dérangent, qui questionne le rapport au corps, et l’utilisation du corps comme messager du politique, bien que Ren Hang nie toute intersectionnalité entre ses travaux et le régime communiste :

Les idées politiques exprimées dans mes images n’ont rien à voir avec la Chine. C’est la politique chinoise qui veut s’introduire dans mon art.

Dans son pays natal, ses travaux font scandale. Sans surprise. Autant pour l’exposition sans gêne d’une nudité qui sert souvent le scénario homosexuel, que pour la poudre provocante que laissent ses photos sur leur passage.

Le gouvernement chinois lui reproche de faire de la pornographie. Son profil Weibo (le premier réseau social chinois) est censuré, ses œuvres interdites, ses expositions écourtées. Au même moment, ses photographies sont exposées à Tokyo, Paris, New York, Stockholm, Athènes, Bangkok, Londres... ainsi qu’à Pékin.

Ren Hang avait seulement 29 ans quand il est mort, le 24 février, après une longue dépression qui a rythmé sa vie comme son travail ; un suicide selon ses proches. La maison d’édition Taschen venait de lui consacrée une monographie, en janvier 2017. Un ouvrage qui s’ajoute à la quinzaine de livres déjà publiés par l’artiste au sommet de son art, et à un recueil de poèmes.

Difficile de ne pas tracer l’odyssée de son oeuvre sans se voir confronter à la pudeur, la nôtre et celle des algorithmes qui censurent les hommages qui lui sont adressés sur Facebook ou Instagram, en raison de la nudité crue qui bouscule ses photographies. Ren Hang continue à titre posthume d’interroger nos limites. Peut-être pour les repousser encore plus loin.

Les œuvres de Ren Hang sont visibles sur son site officiel, sur son compte Instagram et sur sa page Flickr.

©Ren Hang




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